Félicitations aux lauréates de la bourse John Peters Humphrey de l'année 2026

Didar Shwan
Candidate au doctorat
Faculté de droit Osgoode Hall, Université York
Programme d’étude proposé
« Les corps captifs en tant qu’archives de la rencontre coloniale : les femmes et l’esclavage dans l’histoire du droit international » On trouve la principale qualification juridique de l’esclavage – qu’on pourrait appeler esclavage-propriété – dans la Convention relative à l’esclavage de 1926, un traité visant l’interdiction mondiale de l’esclavage élaboré par une commission d’experts établie par la Société des Nations. Les archives de cette époque révèlent que certaines conditions d’asservissement étaient considérées comme une « moindre » forme d’esclavage, que les spécialistes et États attribuaient soit à des coutumes culturelles, soit à des pratiques qui restreignaient la liberté de personnes. De telles conditions d’asservissement étaient jugées comme allant hors du champ de la définition de l’esclavage de la Société des Nations, et concrètement, cela signifiait que les formes de soumission affectant surtout les femmes des pays du Sud étaient occultées par la loi. Aujourd’hui, tout comme cette approche qui date de dix ans, les formes graves de subjugation subies par les femmes tombent généralement dans la catégorie de « l’esclavage moderne » plutôt que d’être reconnues comme reflétant historiquement et juridiquement l’esclavage-propriété. D’importants travaux s’attaquent aux défis que pose la délimitation d’un champ d’application approprié de l’esclavage dans et pour le présent, ne serait-ce qu’en raison de la compréhension fragmentée de l’« esclavage moderne » dans le domaine du droit international et ses institutions. Cette fragmentation a donné lieu à des conditions d’esclavage variées – quoiqu’étroitement liées – qui ont été reclassées dans des catégories juridiques distinctes (traite de personnes, travail forcé, etc.) et réglementées par des traités distincts. Étant donné ce paysage juridique morcelé, mes travaux se veulent une enquête généalogique sur la façon dont l’esclavage a été conceptualisé en droit international, afin de cerner les facteurs qui ont influencé et éclairé la conception juridique des conditions d’esclavage. Je tente ainsi de décrire comment le droit a limité notre compréhension de ce que cela signifie que d’être en situation d’esclavage, comment il a façonné des définitions qui sont désormais intégrées dans le monde social et politique, et comment il a donné lieu à des lignes de pensées et des significations particulières entourant les pratiques d’asservissement. Au cœur de ma quête se trouve la question suivante : pourquoi percevons-nous une enfant mariée de force et soumise à de la violence personnelle et institutionnelle sans fin, ou une femme victime de la traite et forcée à se prostituer, comme étant autre chose que de l’esclavage-propriété? Études : LL.M., faculté de droit Osgoode Hall LL.M., Université McGill LL.B., Université Brunel

Ona Oshen
Candidate au doctorat
Faculté de droit Osgoode Hall, Université York
Programme d’étude proposé
« Une intelligence artificielle responsable : évaluer les perspectives d’une norme contraignante en droit international » L’intelligence artificielle (IA) devient omniprésente, influençant tout autour de nous, de la sécurité nationale jusqu’à notre quotidien, mais elle présente des risques profonds pour les droits de la personne fondamentaux, notamment en ce qui concerne la confidentialité, la non-discrimination et la dignité humaine. Mes travaux cherchent à déterminer comment l’ordre juridique international réagit face à ces risques en cartographiant l’évolution de l’« IA responsable », depuis la prolifération des lignes directrices en matière d’éthique jusqu’au droit international potentiellement contraignant. L’étude est centrée sur une analyse qualitative d’organismes internationaux clés. En évaluant la formulation et l’application de leurs politiques, je cherche à évaluer le degré de convergence normative entre divers contextes juridiques, et à déterminer si une norme mondiale commune pour la gouvernance de l’IA serait en train d’émerger. En diversifiant l’échelle géographique de ces études de cas, cette recherche assure une profonde compréhension de la diffusion de normes qui inclut les points de vue traditionnellement marginalisés des pays du Sud. Ultimement, ce projet contribuera à la documentation conceptuelle de la façon dont le droit international évolue en réaction aux changements technologiques transformateurs, en donnant lieu à un cadre pour mieux comprendre la protection des droits de la personne dans une société mondiale de plus en plus automatisée. Études M.Ph., Judge Business School, Université de Cambridge LL.M/LL.B, Oliver Schreiner School of Law, Université du Witwatersrand

Flore Siproudhis
Candidate au doctorat
Faculté de droit de l'Université McGill
Programme d’étude proposé
« La déshumanisation en tant que narratif stratégique employé dans les guerres contemporaines : des défis pour le droit international » Ce projet de doctorat se penche sur la métamorphose des conflits armés contemporains du point de vue de la déshumanisation perçue non seulement comme un phénomène discursif, mais aussi comme une véritable infrastructure stratégique. S'appuyant sur l'étude de cas du conflit Israël-Hamas, de la seconde intifada à aujourd’hui, il fait valoir comment des narratifs stratégiques déshumanisants sont intégrés dans les doctrines militaires et les stratégies d'information des belligérants. Dans un contexte marqué par l'émergence des guerres cognitives, ces narratifs façonnent les perceptions, légitiment le recours à la violence et redéfinissent même les catégories de cibles et d’ennemis. La thèse montre ainsi que les conflits contemporains vont au-delà de la confrontation matérielle, et ont lieu dans des environnements informationnels où le langage devient un instrument central dans les hostilités. En s’appuyant sur ce constat, cette recherche questionne la capacité du droit international à réagir à ces transformations. Elle soutient que les cadres juridiques existants, largement façonnés au XIXe siècle et dans le sillon de la Deuxième Guerre mondiale, ont du mal à saisir les formes de violence qui sont diffuses, continues et largement immatérielles. La déshumanisation, surtout lorsqu’elle est intégrée dans des architectures informationnelles et technologiques et qu’elle est véhiculée par des narratifs stratégiques, opère à la fois en amont du droit, en influençant la perception de la menace et les seuils du recours à la force, et au sein même du droit, en affectant la mise en œuvre de principes fondamentaux comme la distinction et la proportionnalité. En combinant une analyse juridique doctrinale et une approche empirique, cette thèse vise à démontrer la faille structurelle entre les catégories du droit international et les modalités contemporaines des conflits armés, et à réfléchir à la façon dont les cadres d'interprétation pourraient devoir évoluer. Études Maîtrise en sciences politiques, Université Paris II Panthéon-Assas LL.M, Collège d’Europe Maîtrise en droit européen, Université Paris II Panthéon-Assas Université Paris I Panthéon-Sorbonne Baccalauréat en droit, Université de Rennes 1
Mention honorable
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Charlie Savourel, Candidate au doctorat en droit (DCL) à l'Université de McGill
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Chika Maduakolam, Candidate au doctorat, faculté des études supérieures, York University
